CONFINEMENT EXQUIS

                       cadavre romanesque

CHAPITRE 30

21 avril 2020, Madelaine

Libres comme l’air, les canidés marchèrent sans parcours en tête pendant plusieurs heures. D’abord le bitume, puis la terre, puis de l’herbe, enfin le sable. Juliana se laissait porter par Gradoux. Elle ne pensait à rien, et mettait de côté les événements violents qui venaient de se produire. Juliana ne faisait jamais ce genre d’activité. Pourtant elle adorait sentir le sol abrupte sous ses coussinets, et l’air frais de l’extérieur pénétrer son museau humide. Elle se promettait : « maintenant, je ferai ça tous les jours » !

Les canidés arrivèrent alors au bord d’une plage, ou peut-être d’un immense lac : ils ne savaient pas. Mais c’était paisible. Il n’y avait personne, sauf quelques crabes qui se battaient sous le regard vif des mouettes et des albatros. Il n’y avait que les attaques des oiseaux sur les poissons qui venaient perturber le calme qui régnait.

Nos deux promeneurs s’assirent, et se mirent à contempler l’étendue d’eau majestueuse, immense, et sombre. Ils n’avaient pas envie de se parler, non pas parce qu’ils ne s’aimaient pas, mais parce qu’ils étaient emplis d’un bien être bien plus profond. C’est dans ces moments là que parfois, les êtres se rendaient compte de leurs erreurs, de leurs joies, de leurs chances… C’était un lieu propice à la confusion. Il s’agissait pour Gradoux et Juliana d’un moment précieux parce que peu orthodoxe, interdit peut-être. Ils étaient gênés. Tellement gênées que Gradoux tenta d’entamer une conversation pour détendre l’atmosphère :

- Dis moi, tu …

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