CONFINEMENT EXQUIS

                       cadavre romanesque

CHAPITRE 25

15 avril 2020, Sylvia

Un silence pesant s’installa dans la salle. Sylvain Dulac, les yeux écarquillés, la bouche pendouillante, était comme hypnotisé par les paroles du commissaire. Ses mots résonnaient en lui : nature figée ? aucun habitant joignable… Boudi mais qu’est ce que c’est que ce foutoir ? Déjà que les précédentes semaines avaient été éprouvantes, entre le téléphone qui sonnait en continu, les visites incessantes de la police, de psychiatres, et autres allumés en tout genre, cette nouvelle était comme l’information de trop. Il n’avait pas choisi de s’installer au fin fond des Cévennes pour se coltiner la foule à longueur de journées. « Hé, on n’est pas à New York ici ! se dit il »

Quelques mouches dessinaient un ballet entre les mains des deux hommes. Le temps s’étirait. De loin, on pouvait entendre les journalistes scander leurs questions dans le vide, mêlées à quelques incantations au soleil, à la terre, à la déesse Juliana… « Juliana tiens, continuaient les pensées du maire, je savais qu’elle ne ramènerait rien de bon celle-là en s’installant dans le coin. Toujours la même histoire avec ces parisiens… tous plus fous les uns que les autres. »

- Je vous demande pardon ?! Le ton glacial du commissaire révéla à Dulac qu’il avait sûrement prononcé cette dernière phrase à voix haute.

- Oups…

- Pardonnez moi commissaire, en quoi puis-je vous être utile pour faire avancer cette enquête ? Le regard de Gradoux devint plus sombre.

- Vraiment, vous n’en avez aucune idée ?

- …

- Voici ce que nous avons reçu Mr Dulac.

Il sortit un document regroupant trois photographies. Sur la première, le maire découvrit avec stupéfaction l’image de son salon, lui, installé dans le moelleux de son canapé, son chat passant devant la plante verte chérie par sa femme, qui elle, se servait un verre d’une bonne bouteille de Costières. Un étrange arc lumineux attira son attention à l’arrière plan, une ligne verticale très étendue, partant du lavabo de la cuisine qu’il entrevoyait au fond. Yeux écarquillés, bouche pendouillante :

- Mais…

- Continuez s’il vous plaît.

Le deuxième cliché était exactement le même ; salon, canapé, plante, bouteille, arc, lavabo. Au détail près que lui, sa femme et leur chat n’apparaissaient plus.

- M-mai…

- Continuez s’il vous plaît.

Le dernier cliché était une vue aérienne des monts abritant les grottes du bout du monde. Et au cœur, un arc, l’arc, le même faisceau lumineux qui sortait du fichu robinet de sa cuisine. En contrebas, il peinait à déchiffrer quelques mots griffonnés sur le document. Il l’inclina en direction de l’unique fenestrou de la salle. Les lettres s’illuminèrent une à une et il put lire à haute voix :

- Toujours la même histoire avec ces parisiens…

Les gouttes perlaient le long de sa colonne. Sa mâchoire en arrivait presque à frôler sa poitrine. Mr. le Maire rêvait d’un dimanche paisible, où il savourerait justement le moelleux de son canapé. Avant l’arrivée du convoi, il s’était dit qu’avec un peu de chance il arriverait à expédier fissa ce rendez-vous avec la DGSI. Son grand fêtait ses quinze ans aujourd’hui. Quinze ans ! Quelle joie ! Quell... Sa part de gâteau d’anniversaire semblait s’envoler au même rythme que la cohérence de ses pensées.

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