CONFINEMENT EXQUIS

                       cadavre romanesque

CHAPITRE 8

 

25 mars 2020, Léa Brunet

- Comment t’as eu mon numéro ?

- Par Achille, lui indique Bruel555.

Bilal hésite à raccrocher, mais se ravise. Là, tout de suite, il préfère parler à n’importe qui plutôt qu’à son boss.

- Bon, écoute, j’ai peut-être un moyen pour que tu puisses récupérer tout le fric que je viens de te faire perdre.

- Ah ouais ?

- Ouais. Mais je préfère qu’on en discute pas trop longtemps au téléphone. T’habites vers Oberkampf toi, non ? Je te propose qu’on se retrouve au Perchoir.

C’est un bar de bourges, un peu ringard. Il ne va jamais là-bas. En même temps, il n’a pas vraiment d’autres perspectives, pour cette après-midi-là, à part se faire buter par Achille.

- Ok, on se retrouve là-bas dans 15 minutes, répond-t-il, tentant de reprendre le dessus sur la conversation.

C’est Achille qui lui a appris ces méthodes ; il ne faut jamais laisser l’autre sentir ta peur. 

Bilal attend son adversaire, confortablement installé dans un des fauteuils du Perchoir. Au bout d’une dizaine de minutes, un jeune garçon entre dans le bar, s’assoit en face de lui et retire son chapeau. Il ne ressemble pas aux mecs du milieu. Sous son manteau, il porte un cachemire bleu ciel, comme on en trouve chez Monoprix, et des mocassins. Il a un regard doux, de la même couleur que son pull. Il engage rapidement la conversation :

- Bonsoir Bilal, tu vas bien ? Je suis Tom, alias Bruel555.

- Bah ça irait mieux avec 50 000 balles, lui rétorque t-il.

Il se dit qu’il vaut mieux mettre directement le sujet sur la table ; pas d’entourloupe.

- Ça fait longtemps que t’es dans ce business ? demande poliment Tom.

- Ouais, ça fait un moment maintenant. Comment tu connais Achille ? le questionne Bilal.

- Je ne le connais pas personnellement. Mais je connais sa vie, un peu comme la tienne d’ailleurs. Vous êtes surveillés depuis pas mal de temps tous les deux.

Tom sort une pochette et commence à disposer méthodiquement différents documents en face de lui.

- Putain, mais vous êtes flic ? s’écrie Bilal devant ses échanges de mails, des retranscriptions de ses appels, et toutes les preuves de sa culpabilité étalées sur la table du Perchoir.

- Une sorte de flic oui si on veut, l’interrompt-il agacé, enfin je suis de la Direction générale de la Sécurité intérieure. Bilal, je suis venue te proposer quelque chose qui te permettrait d’être un peu tranquille pendant pas mal de temps parce qu’avouons-le, t’es un peu dans le pétrin là, non?

Bilal le dévisageait, interloqué. Il savait qu’il n’aurait jamais du venir dans ce bar stupide.

- Tu devais remettre 50 000 euros à Sarah Toblach tout à l’heure. Fort heureusement, tu n’as pas été en mesure de le faire. Tu vois de qui il s’agit ? Elle était assez connue à une époque.

Ce nom lui évoque vaguement quelque chose, mais il ne veut pas passer pour un idiot.

- C’était pas une geek ? tente Bilal, une lanceuse d’alerte non ?

- Exact ! Enfin, lanceuse d’alerte, c’est flatteur. Nous préférons le terme de traître ou d’espionne. C’est une fonctionnaire qui avait dévoilé des secrets d’Etat via le site WikiLeaks. Brillante, mais elle en a pris pour 10 ans, souligne t-il, jovial.

La version de Tom diffère largement de ce qu’Achille lui disait d’Elle, enfin de cette Sarah.

- Nous pensons qu'un groupe d'anarchistes veut lui proposer un job de pirate, pour une grosse somme d’argent, continue le flic d’un air entendu, en lien avec les mesures que nous avons récemment mises en place sur la régulation et l’encadrement des déplacements, après le début de l’épidémie.

Il commence à être tard, et Bilal se demande dans quelle mesure ce type n’est pas en train de lui raconter des conneries. Lui exprimant plus ou moins le fond de sa pensée, il demande à Tom de quelle manière il peut l’aider, avec l’histoire des 50 000 balles.

- Comme prévu, tu vas remettre le sac, avec l’argent, à Sarah, lui explique t-il, en désignant une grande sacoche de sport posée au pied du fauteuil. On va t’équiper d’un matériel d’enregistrement audio.

- Mais je suis pas une balance moi, s’indigne Bilal.

- Mais mon ami, tu n’as pas vraiment le choix, explique le joueur de poker. Si tu coopères, tu évites la prison et les représailles. Tu deviens au mieux un héros, au pire un homme libre. T’es avec nous ?

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