CONFINEMENT EXQUIS

                       cadavre romanesque

CHAPITRE 22

 

8 avril 2020, BTK

- Putain on est où là ? s’énerve Sarah en se penchant pour regarder le GPS.

- Dans la Drôme. On a pris la sortie Loriol, lui répond Abdel-Kader.

- Ah Loriol ! s’exclame Dominique. Célèbre théâtre d'un combat en 1815 entre les troupes royalistes du Duc d'Angoulême et …

- Mais ta gueule Dominique, le coupe Sarah. Putain, c’est pas le moment pour un Secrets d’Histoire là !

- Calme-toi Sarah, c’est pas le moment de se gueuler dessus non plus, tempère Adbel-Kader. T’inquiète pas, je connais un peu le coin, je vais trouver où nous planquer. Tu vas voir c’est joli la Drôme, ajoute-t-il avec un clin d’œil dans le rétroviseur.

Renfrognée, elle se rabat sur son siège et se tourne vers la fenêtre les yeux dans le vague. Merci la France des ronds-points, ils avaient rapidement réussi à semer la voiture qui les suivait. Mais, inquiets, ils avaient tout de même appelé Léa. Elle leur avait dit qu’il était préférable de changer de voiture, qu’elle s’occupait de trouver ça pour eux, le réseau était assez développé dans la région. En attendant, ils devaient trouver un endroit calme pour se planquer et lui envoyer l’adresse pour qu’on vienne les y chercher.

- C’est pas mal là non ? demande Abdel Kader après une vingtaine de minutes de route.

Il s'engage sur un petit chemin et se gare en retrait sous des arbres.

- Sarah, je te laisse envoyer notre position.

Ils sortent de la voiture et s’y adossent. Abdel Kader sort une cigarette, l’allume.

- Dominique, moi j’aime bien Secrets d’Histoire. Raconte-moi un peu cette bataille à Loriol, demande-t-il avec un sourire ironique en direction de Sarah.

- Pfff t’es con, grogne-t-elle en s’éloignant de la voiture.

Elle est nerveuse. Ça l’agace d’être stoppée comme ça. Désagréable sentiment d’être ballottée par les événements depuis sa sortie de prison. Elle s'assoit sur un rocher et laisse son regard se balader au loin, vers le plateau du Glandasse. C’est vrai que c’est joli la Drôme… Elle prend une longue respiration. Putain l’horizon, les grands espaces, ça lui avait manqué. Elle s'apaise dans cette contemplation.

En la voyant revenir près de la voiture, Dominique lui demande :

- Sarah, Jean Loupilot, c’est vraiment ton grand-oncle ?

- Oui.

- Et bah…

- Comme tu dis…

- Et tu…

- Pas maintenant. Je n’ai pas envie de parler de lui maintenant.

- Regardez, je crois qu’une voiture arrive, leur fait remarquer Abdel-Kader.

Une vieille Scenic vert bouteille s’avance sur le chemin et s’arrête à leur niveau. Un homme en sort.

- Bruno, se présente-t-il en leur serrant la main. Léa m’a appelé. Montez, je vous emmène à Die, on vous prêtera une voiture là-bas et quelqu'un viendra récupérer la vôtre.

Dominique s’installe à l’avant, Adbel-Kader et Sarah à l’arrière. Les premiers kilomètres se font dans le silence.

- Vous connaissez un peu le coin ? finit par demander Bruno.

- Moi oui, je suis pas mal venu en vacances dans la région quand j’étais petit, dit Abdel-Kader. Du côté de Chatillon-en-Diois.

- En arrivant, nous sommes passés par Louriol, enchaîne Dominique. Le lieu d’une grande bataille, je ne sais pas si vous saviez, en 1815...

- Mais putain, sérieux Dominique, on s’en fout de tes histoires ! s'emporte Sarah.

Il se retourne pour lui répondre, mais n’en a pas le temps. Une voiture vient les heurter sur la gauche. La tête de Sarah heurte violemment la portière alors que la Scenic est projetée au loin et retombe dans un fracas de verre cassé.

Sarah ouvre les yeux :

- Tout le monde va bien ? réussit-elle à articuler d’une voix cassée.

Pas de réponse. Elle balaie l’habitacle d’un regard : Dominique a la tête enfoncée dans l’airbag, immobile ; Bruno et Abdel-Kader semblent mal en point, leurs corps penchent dans un angle étrange sur la droite. Elle essaie d’enlever sa ceinture. Tout son corps est douloureux, surtout sa tête qui lance atrocement, elle a la bouche pâteuse, avec un drôle de goût métallique... Du sang, devine-t-elle. Elle aperçoit deux hommes vêtus de noir s’approcher de la voiture.

- Bouge, s’ordonne-t-elle.

Mais son corps, complètement engourdi, ne lui obéit pas.

- Merde, bouge, Sarah !

Elle ne peut empêcher les deux hommes de la saisir et de la porter vers une voiture dont le coffre est ouvert. Sa vue commence à se brouiller. « Mais c’est quoi ce délire putain… » pense-t-elle alors qu’elle arrive, à travers le brouillard qui se fait de plus en plus épais, à discerner que les vêtements noirs des hommes sont des habits religieux.

« Depuis quand les curés ont un coléoptère tatoué sur le cou ? » a-t-elle le temps de se demander avant de sombrer dans l’inconscience.

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