CONFINEMENT EXQUIS

                       cadavre romanesque

CHAPITRE 12

 

29 mars 2020, Laëtitia Apprioual

Je m’appelle Achille. Je suis un sale gosse, un sale gosse. C’est ce qu’on a toujours dit de moi. J’ai eu une enfance que l’on qualifierait d’heureuse, j’ai évolué dans un cadre de gentille bourgeoisie, où la tendresse, le dialogue et les activités en famille étaient omniprésents. Les vacances d’été à l’île de Ré faisaient elles aussi partie du package de la jolie petite famille unie. J’étais très entouré, et pourtant la solitude pesait sur mon estomac et me filait une nausée permanente. Où que j’aille, je n’étais pas présent. J’étais loin, très loin. Ou en tout cas, pas ici. Adolescent, ce sentiment de non appartenance s’est amplifié. A mesure que les jours passaient, je sentais gonfler dans ma gorge et ma poitrine ce besoin impétueux de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, de renverser toute cette bien-pensance, ces apparences lisses et cette sale hypocrisie que peuvent avoir ces gens-là. Tout n’est qu’apparence. Je l’ai vite compris. Il n’était pas question d’être la réplique exacte de mon père, politicien apprécié et reconnu ; mais qui ne valait pas plus que les autres. Un vendu. Une machine à faire du fric. Une pute, en d’autres termes.

Je me suis engagé dans la police, dans les renseignements pour être exact. Je me sentais utile, enfin. C’est là que j’ai rencontré Mara, elle était ma partenaire. Son insolence m’a tout de suite plu. C’était une femme libre, libre et désinvolte. On avait tout les deux été missionnés sur l’affaire de « La Tokyo Bank », qui, cela vous étonnera certainement, impliquait un de nos hommes politiques dans une camarilla mafieuse. Mara était incroyable, sa vitesse de pensée et ses investigations nous menaient toujours exactement où il fallait. On ne se lâchait plus, on travaillait jour et nuit dans ces locaux lugubres, éclairés aux néons blancs. On se nourrissait essentiellement de clopes, de café soluble et de sandwichs au pain de mie sans saveur, qui vous font l’effet d’une brique de ciment lorsqu’ils vous descendent dans la gorge et l’estomac.

Je l’admirais. Elle avait des allures d’héroïne de film. Vous savez, ces petites nanas un peu badass dont on tombe littéralement amoureux lorsque l’on est adolescent. Elle était ma Milla Jovovich.

Alors que nous avions réuni suffisamment d’éléments pour faire tomber notre homme, notre supérieur, nous l’appellerons ici Monsieur S., nous a enjoints à mettre ce dossier au placard.

« Trop dangereux » nous a-t-il dit. « Et puis, prenez des vacances tous les deux, regardez vous, vous devez faire peur aux enfants. » Merde. Même ici. La désillusion était totale. L’homme est donc définitivement affreux. « Prenons-les, ces vacances. » m’a-t-elle dit, non sans malice. Et c’est là que tout a commencé.

Mais à Sarah, j’ai simplement répondu :

- Je m’appelle Achille, et aujourd’hui j’ai besoin de toi pour retrouver celui qui a commandité l’assassinat de ma femme. Cela va te sembler étrange, car nous venons à peine de nous rencontrer, mais je sais tout de toi Sarah. Et tu es celle qu’il me faut. J’ai confiance en toi. Je vais tout t’expliquer.

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